Le Minitel et le 3615 : la France a inventé le tchat grand public
Gretel à Strasbourg en 1981, le kiosque de 1984, les pseudos, la facture de téléphone, la fin du 30 juin 2012 : l'histoire du tchat sur Minitel, avec ses sources.
Peut-on dire que la France a inventé le tchat grand public ? Pas seule au monde, mais très tôt, et à une échelle que presque personne n’atteignait alors : dès la fin de 1981, à Strasbourg, des utilisateurs de tous âges ont discuté en direct sous pseudonyme, par l’intermédiaire d’un terminal Minitel et d’une ligne téléphonique. Ce qui s’est joué ensuite, avec le kiosque du 3615 en 1984, a fait entrer cette pratique dans des millions de foyers, jusqu’à l’arrêt du réseau le 30 juin 2012.
Cet article raconte comment cela s’est passé, étape par étape, à partir de sources datées : presse nationale, récit de l’un des responsables de la plateforme, chiffres de l’opérateur. Là où les sources divergent ou se taisent, nous le disons. Pour replacer le Minitel dans les quarante ans qui suivent, la page Histoire et cultures du tchat donne la vue d’ensemble.
Un annuaire pour remplacer le papier
Le Minitel ne devait pas servir à discuter. Il devait remplacer l’annuaire papier. D’après la chronologie reprise par 01net, une phase expérimentale équipe 55 premiers utilisateurs à Saint-Malo en juillet 1980, puis le lancement commercial auprès du grand public a lieu en juin 1982, avec le Minitel 1, premier d’une série qui comptera onze versions. Franceinfo retient la même année : le Minitel y est « d’abord un annuaire électronique quand il intègre les foyers français le 30 juin 1982 ».
L’objet est reconnaissable entre mille : un boîtier beige, un petit écran, un clavier intégré, un modem, et un téléphone qui sert enfin à autre chose que parler. On compose un numéro, on entend le sifflement de la connexion, on appuie sur la touche « Connexion/Fin », on raccroche le combiné, et la page d’accueil s’affiche en caractères blocs. Chaque touche a sa fonction dans la plupart des services : « Envoi » valide, « Retour » revient en arrière, « Sommaire » ramène au menu, « Suite » passe à l’écran suivant, « Guide » ouvre l’aide. Tout est pensé pour des gens qui n’ont jamais touché un ordinateur.
Ce point compte pour la suite. Le Minitel n’a pas été conçu pour des passionnés d’informatique. Quand le tchat y apparaît, il s’adresse tout de suite à un public ordinaire, ce qui n’était pas le cas de la plupart des réseaux de l’époque.
Strasbourg, fin 1981 : Gretel et le piratage qui change tout
L’histoire du tchat sur Minitel commence en dehors de l’annuaire. Selon le récit de Vincent Glad publié par Slate le 18 novembre 2011, les premiers terminaux télématiques sont lancés pour une expérimentation locale à Vélizy, en Île-de-France, à l’été 1981, sous le patronage de la Direction générale des télécommunications. Quelques mois plus tard, une expérience plus modeste démarre dans un quartier de Strasbourg, portée par le quotidien Dernières Nouvelles d’Alsace. Elle s’appelle Gretel.
À cette époque, le 3611 et le 3615 n’existent pas : le Minitel, pour l’utilisateur, se résume à un seul « site » que l’on joint en composant un numéro de téléphone. Gretel propose des actualités, l’horoscope, la météo, les programmes de télévision et de cinéma, des horaires de trains, quelques services bancaires et des jeux. Slate le juge sans détour « affreusement ennuyant ». Puis survient l’événement que tout le monde cite.
Le garçon qui trouve le mot de passe
Pour dépanner les utilisateurs perdus, les développeurs ont prévu un petit service de messagerie qui permet d’afficher un message sur l’écran d’une personne choisie. Après quelques semaines de lancement, « en octobre ou en novembre (difficile à déterminer) », selon Slate, un garçon d’une dizaine d’années, d’après les souvenirs de Michel Landaret qui pilotait la plateforme, découvre le mot de passe donnant accès à cette messagerie. Il écrit à ses amis la marche à suivre. En quelques jours, tout le monde la connaît, et l’équipe n’a plus qu’une solution : ouvrir la fonction à tous les utilisateurs.
La suite est une leçon d’histoire des usages. La messagerie devient de très loin le service le plus utilisé de la plateforme. Les utilisateurs s’habituent au clavier, outil alors quasi inédit pour eux, et multiplient par trois ou quatre leur vitesse de frappe, d’après le même récit. Les serveurs saturent. L’équipe avance à l’aveugle, au rythme des demandes, et finit par stabiliser un système qui affiche sur une page les pseudonymes de toutes les personnes connectées, avec la possibilité de s’adresser directement à chacune. Slate résume : le premier salon de chat est né.

Un club privé de 32 places
Le succès est tel que le service étouffe. Toujours d’après Slate, il faut imaginer un club privé où seules 32 personnes peuvent entrer en 1982. Michel Landaret se souvient : « Mes 32 modems étaient occupés en moyenne 22 h 40 par jour chacun. Les gens qui voulaient se connecter mettaient environ une heure pour y arriver. À trois heures du matin, c’était plein. » Les utilisateurs passent des heures en ligne ; les programmeurs découvrent une facture de téléphone de plus de 100 000 francs, soit environ 15 000 euros selon la conversion de l’article. Michel Landaret note aussi des records : 520 heures de connexion en un mois pour un habitué, alors qu’un mois compte 720 heures, et 74 heures de connexion d’affilée pour un autre.
Le même récit précise que les médias ne s’intéressent au phénomène qu’en 1983. Autrement dit, l’une des premières communautés de tchat de masse s’est formée sans couverture médiatique, en bonne partie par le bouche-à-oreille (Slate le relève pour les non-Alsaciens), à une époque où la majorité des gens n’avaient jamais tapé sur un clavier.
Ce que les pionniers ont inventé sans le savoir
On a souvent l’impression que les règles du tchat ont été découvertes avec Internet. Le récit de Slate, qui s’appuie sur les souvenirs de Michel Landaret et sur les travaux du chercheur Claude Baltz, montre qu’elles apparaissent presque toutes à Strasbourg, en quelques mois. Voici celles qui nous sont restées.
- Le pseudonyme choisi. Les utilisateurs se connectent sous un pseudo de leur choix et peuvent parler à des inconnus, en s’affranchissant de certains usages sociaux de la vie réelle. Le chercheur Claude Baltz écrit en 1984 que la connexion « équivaut à une plongée dans un univers ouvert à toutes les surprises ». Aujourd’hui encore, la question de ce que l’autre voit réellement de vous se pose, et elle est détaillée dans Anonymat sur un tchat.
- Les premiers tours de pseudos. Des « petits malins » volent des pseudos, tentent de piéger l’autre en changeant de sexe ou d’âge, saturent la messagerie d’un utilisateur de messages, ou font croire à la présence d’une « brigade » qui surveillerait les échanges. Face à ces attaques, les utilisateurs obtiennent des DNA que les pseudonymes puissent être réservés. C’est l’ancêtre du mot de passe associé à un pseudo, que l’on retrouve sur tous les salons. Les bons réflexes pour choisir et protéger le vôtre sont dans Choisir un pseudo.
- Le passage au vrai monde. Même sous le couvert de l’anonymat, les utilisateurs veulent se rencontrer, que ce soit pour une rencontre amoureuse ou simplement pour discuter à plusieurs. Slate rapporte ces mots de Michel Landaret : il y avait « quelque chose de presque ésotérique qui reliait les utilisateurs entre eux ».
- Un langage plus rapide. Pour accélérer la discussion, les utilisateurs recourent déjà à un usage phonétique du français. Le tutoiement est quasi général malgré les différences d’âge. Le CV est demandé dès l’amorce : « Quel âge, homme ou femme, qu’est-ce que tu fais », note Claude Baltz, ce qui ressemble à l’ébauche de la formule « asv » (âge, sexe, ville) des salons ultérieurs.
- La solidarité. Slate rapporte un épisode : des utilisateurs ont retrouvé un enfant qui s’était perdu à vélo, parce que quelqu’un avait donné l’alerte et que les gens avaient relayé le message.
Ces usages ne sont pas des anecdotes. Ils décrivent un territoire social complet, déjà peuplé d’amitiés, de farces, de conflits et d’entraide, trente ans avant les réseaux sociaux. Le savoir-vivre qui en découle (ne pas monopoliser l’écran, répondre quand on vous interpelle, ne pas harceler) a été réinventé à chaque génération de services, et la page Savoir-vivre du tchat en rassemble la version actuelle.
Février 1984 : le kiosque et le 3615
Jusque-là, un service Minitel est une expérience isolée. Tout change au début de 1984. D’après Slate, en février 1984 et sous la pression des entreprises de presse, la Direction générale des télécommunications lance le système du « kiosque », c’est-à-dire le 3615. La création de services y est réservée aux sociétés de presse. Le serveur de Strasbourg devient un 3615, et la vieille messagerie de Gretel s’inscrit dans cette nouvelle logique commerciale. Au passage, le kiosque verra aussi se développer des messageries que l’on désigne sous le nom de « roses » ; elles ne sont mentionnées ici que pour mémoire, et ce site n’en traite pas.
Le principe économique du kiosque est simple : l’utilisateur compose un numéro court, la connexion est facturée à la durée sur sa facture de téléphone, et l’opérateur reverse une part à l’éditeur du service. Ce modèle, inédit, explique à la fois le succès commercial du 3615 et son revers : discuter y est une dépense au minutage. Pour l’ordre de grandeur, France Télécom indiquait en 2010 qu’elle reversait 85 % des revenus aux éditeurs, d’après le Nouvel Obs. Les équipes de Gretel avaient déjà découvert, avec la facture de téléphone de plus de 100 000 francs évoquée plus haut, ce que coûte une conversation qui dure. Quand chaque minute a un prix, une soirée de tchat se compte.
Les codes à quatre chiffres se multiplient : le 3611 pour l’annuaire, le 3615 et le 3616 pour les services commerciaux, comme le rappelait Sciences et Avenir en 2012 en évoquant « les fameux 3611, 3615, 3616 ». Derrière ces numéros, des milliers de services : journaux, jeux, banques, achats, informations pratiques, et les messageries, qui constituent l’une des formes les plus fréquentées du Minitel.
À quoi ressemblait une soirée de tchat sur Minitel
Il faut se figurer la scène. Un salon ou une chambre, une lampe, un terminal posé sur un bureau ou une table basse, un téléphone dont le fil s’allonge jusqu’au canapé. On compose le 3615 suivi du nom du service, on attend la tonalité du modem, on appuie sur « Connexion/Fin », on raccroche. La page d’accueil propose un pseudonyme à saisir, parfois protégé par un mot de passe. Puis s’affiche une liste de personnes connectées, et l’on choisit un interlocuteur ou un salon.
On écrit une ligne, on appuie sur « Envoi », la ligne s’affiche chez l’autre. Le débit est lent, le clavier minuscule, la touche « Correction » efface un caractère à la fois. Cette lenteur façonne le langage : on abrège, on adopte une orthographe phonétique, comme le note déjà Slate à propos de Gretel. Sans voix ni visage, le ton d’une phrase brève se devine mal, un piège que détaille l’article sur l’humour écrit et les malentendus. On ne se lasse pas pour autant : à Strasbourg, un habitué cumule 520 heures de connexion en un mois.

Ce rituel installe une habitude qui nous est familière : on se retrouve à heures régulières, on retrouve les mêmes pseudos, on a ses « copains de salon ». Les amitiés en ligne à l’âge adulte, que l’on retrouve aujourd’hui sur les serveurs communautaires, ont leur préhistoire ici. Si ce sujet vous intéresse, Se faire des amis en ligne à l’âge adulte l’aborde dans le contexte actuel.
Pourquoi on peut parler d’une invention française
La formule « la France a inventé les usages sociaux de l’Internet contemporain » est celle de Slate, et elle mérite d’être pesée plutôt que répétée. Les sources permettent d’affirmer plusieurs choses précises. Un salon de conversation en direct, avec liste des connectés et pseudonymes, est apparu à Strasbourg dès la fin de 1981 ou le début de 1982, sur un réseau à large audience potentielle. Ce salon a été fréquenté par des personnes de tous âges, « des ados aux grand-mères » selon Slate, et non par des spécialistes (Michel Landaret : « Ce n’était pas du tout des geeks ! »). Les usages qui en sont sortis se retrouvent presque tous sur les tchats d’Internet.
Elles ne permettent pas d’affirmer que rien d’autre n’existait dans le monde. Slate rappelle d’ailleurs qu’Internet existait depuis 1969, le courrier électronique depuis 1972 et les premiers forums depuis 1979. L’IRC, le grand ancêtre des salons sur Internet, n’est conçu qu’en 1988-1989 par Jarkko Oikarinen en Finlande ; son histoire est racontée dans IRC : naissance et survie du plus vieux tchat. La particularité française tient à la combinaison de trois choses : un terminal vendu au grand public, un réseau téléphonique qui couvre tout le territoire, et un salon de conversation qui s’est installé par l’usage, presque sans que ses concepteurs l’aient voulu.
Autrement dit : le Minitel n’a pas inventé la conversation en ligne, mais il l’a rendue ordinaire. C’est peut-être la meilleure façon de lire la formule.
Un tchat très cher, et très populaire
Comment mesurer l’ampleur du phénomène ? Les chiffres de 01net et du Nouvel Obs, publiés à l’occasion de la fermeture, donnent un ordre de grandeur. En 1996, au sommet de l’offre, le Minitel proposait environ 25 000 services selon 01net (26 000 services actifs et plus de 10 000 fournisseurs de contenus selon le Nouvel Obs), dont le plus populaire était l’annuaire 3611. Ils généraient près d’un milliard d’euros de revenus sur un parc installé de 6,5 millions de terminaux, toujours selon 01net. Les deux sources s’écartent légèrement sur le nombre de services, ce qui est normal pour un comptage aussi mouvant : retenez l’ordre de grandeur, vingt-cinq mille services et un milliard d’euros.
Le Nouvel Obs rappelle aussi une condition du succès : le rôle des pouvoirs publics fut primordial. L’État a soutenu le projet dans les premières années en distribuant gratuitement les terminaux, ce qui a permis un déploiement suffisant pour lancer le marché alors inédit des services télématiques ; l’investissement public atteint quelque 17 milliards de francs entre 1984 et 1995, le temps que se crée un écosystème de fournisseurs de contenus. La rentabilité arrive au début des années 1990. Le même article parle de neuf millions de terminaux présents dans les foyers et les entreprises « il y a encore dix ans », soit au début des années 2000.
Franceinfo situe l’apogée au milieu des années 1990, avec « six millions de terminaux et 25 millions d’utilisateurs ». Les messageries ont leur part dans ce succès, mais le Minitel servait aussi à beaucoup d’autres choses : consulter l’annuaire, suivre ses comptes, vérifier les horaires de train. C’est ce mélange d’utilitaire et de lien social qui a fait son ancrage dans les foyers, bien plus que n’importe quel service pris isolément. Un service payé à la durée de connexion reste, aujourd’hui encore, un terrain favorable aux abus : les réflexes de prudence sont rassemblés dans Sécurité et vie privée sur un tchat.
Le déclin, puis la fin du 30 juin 2012
Avec l’arrivée du web grand public à la fin des années 1990, le Minitel recule lentement, sans jamais s’effondrer d’un coup : France Télécom explique que son déclin face à Internet s’est fait de manière très progressive. Les salons de discussion du web, comme ceux de Caramail, prennent alors le relais (voir Caramail, MSN Messenger, Skyblog). Le Nouvel Obs souligne en 2012 qu’il n’est plus possible depuis longtemps d’acheter un billet Air France ou SNCF sur le Minitel, ni de consulter les résultats du baccalauréat : beaucoup d’entreprises ont quitté le navire.
Les chiffres de 2010 montrent l’ampleur de la chute : 1 880 services actifs, environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires, un parc de quelque 810 000 terminaux auxquels s’ajoutent 950 000 logiciels d’émulation sur ordinateur, d’après 01net. Fin 2011, selon les chiffres de France Télécom relayés par le Nouvel Obs, il ne restait plus que 600 000 à 700 000 terminaux en circulation.
La fin tombe le 30 juin 2012. 01net explique pourquoi cette date : c’est la date d’arrêt de commercialisation de l’offre X25 d’Orange Business Services, qui intègre le support de l’infrastructure du réseau Télétel utilisé par le Minitel. Le jour même, Sciences et Avenir écrit que « le réseau Transpac qui est derrière les fameux 3611, 3615, 3616 etc, est définitivement fermé ». Trente ans, jour pour jour, après le 30 juin 1982 retenu par franceinfo pour l’entrée du Minitel dans les foyers.
Ce que le tchat d’aujourd’hui doit encore au Minitel
Presque rien de ce qui précède n’est démodé. Les mêmes mécanismes réapparaissent à chaque génération, sous d’autres formes. Les voici, à la lumière des pages de ce site.
- Le pseudonyme comme liberté et comme risque. Il protège, il libère la parole, il permet aussi de tromper. Les premiers utilisateurs de Gretel l’avaient compris en quelques semaines, et les conseils de prudence d’aujourd’hui en tirent les conséquences.
- L’écrit seul, sans voix ni visage. Les malentendus de ton ne datent pas de WhatsApp. Le Minitel, avec son clavier lent, obligeait déjà à tout faire passer par la phrase. Les pièges du ton écrit sont les mêmes depuis quarante ans.
- Le prix de la conversation. Autrefois facturé à la minute, le tchat est aujourd’hui « gratuit » en apparence et financé autrement, par la publicité ou les données. La question de savoir qui paie reste la même.
- La communauté comme valeur. Les salons qui durent sont ceux où l’on retrouve les mêmes personnes et où des règles existent. C’est vrai à Strasbourg en 1982 comme sur un serveur communautaire en 2026.
Chaque outil disparaît, mais le besoin reste. Après le Minitel viendront l’IRC, ICQ, Caramail, MSN Messenger et les Skyblogs, dont la suite est racontée dans les pages consacrées aux années 2000.
Pour retrouver la trace du Minitel
Il reste beaucoup à lire et à voir sur le sujet. Le récit de Slate de 2011 est le plus précis sur Gretel : il s’appuie sur les souvenirs de Michel Landaret, qui a piloté la plateforme. Les chiffres de l’opérateur sont dans l’article de 01net sur la fermeture de 2012. La presse nationale (franceinfo, Sciences et Avenir, Le Nouvel Obs) a couvert l’arrêt du réseau et en a conservé les repères. Pour l’état d’esprit de l’époque, rien ne remplace les souvenirs de ceux qui l’ont vécu, mais il faut les lire avec la même prudence que n’importe quel témoignage : la mémoire arrange, et l’on a vu ci-dessus que même la date exacte du piratage de Gretel est restée « difficile à déterminer ».
Pour les sources en ligne, voici les liens utilisés dans cet article.
- Minitel : comment les Dernières Nouvelles d’Alsace ont inventé l’Internet social, Slate, 18 novembre 2011.
- Minitel, chronique d’une mort annoncée le 30 juin 2012, 01net.
- La fin du Minitel : 3615 adieu, franceinfo.
- 3615, c’est fini : le Minitel est débranché, Sciences et Avenir, 30 juin 2012.
Une chronologie à garder en tête
Tout ce qui suit est tiré des sources ci-dessus.
| Date | Repère | Source |
|---|---|---|
| Juillet 1980 | 55 premiers utilisateurs équipés à Saint-Malo pour une phase expérimentale | 01net |
| Été 1981 | Expérimentation de Vélizy, premiers terminaux télématiques | Slate |
| Automne 1981 | Lancement de Gretel à Strasbourg ; piratage de la messagerie en « octobre ou novembre » | Slate |
| 1982 | 32 modems sur Gretel, saturés presque en permanence | Slate |
| Juin 1982 | Lancement commercial du Minitel auprès du grand public (Minitel 1) | 01net, franceinfo |
| 1983 | Les médias découvrent le phénomène Gretel | Slate |
| Février 1984 | Lancement du kiosque, c’est-à-dire du 3615 | Slate |
| 1996 | Environ 25 000 services, 6,5 millions de terminaux, près d’un milliard d’euros de revenus | 01net |
| Fin 2010 | 1 880 services, environ 30 millions d’euros, quelque 810 000 terminaux | 01net |
| 30 juin 2012 | Arrêt du réseau : fin de l’offre X25 qui portait Télétel | 01net, Sciences et Avenir |
Si vous voulez continuer, le plus naturel est de suivre le fil : le tchat quitte le terminal Minitel pour les ordinateurs avec l’IRC (voir IRC : naissance et survie du plus vieux tchat), puis s’installe dans les foyers français avec Caramail et MSN Messenger. Quant aux mots eux-mêmes, « tchat », « chat » ou « clavardage », ils ont leur propre histoire, racontée dans Clavarder, tchatter, chatter.
Questions fréquentes
Quel service a permis les premières conversations en direct sur Minitel ?
D'après le récit publié par Slate en 2011, c'est Gretel, le serveur des Dernières Nouvelles d'Alsace à Strasbourg, lancé quelques mois après l'expérience de Vélizy de l'été 1981. Sa messagerie, d'abord pensée pour dépanner les utilisateurs, a été ouverte à tous après un piratage et est devenue le service le plus utilisé de la plateforme.
Quand le 3615 est-il apparu ?
En février 1984, selon Slate, la Direction générale des télécommunications lance le système du kiosque, c'est-à-dire le 3615. La création de services y est d'abord réservée aux sociétés de presse. Le 3611, lui, désignait l'annuaire électronique.
Combien de services et de terminaux le Minitel a-t-il comptés ?
En 1996, d'après 01net, le Minitel proposait environ 25 000 services pour un parc d'environ 6,5 millions de terminaux et près d'un milliard d'euros de revenus. Fin 2010, il restait 1 880 services, environ 30 millions d'euros de chiffre d'affaires et quelque 810 000 terminaux.
Quand le Minitel s'est-il arrêté ?
Le réseau a été arrêté le 30 juin 2012. 01net précise qu'il s'agit de la date d'arrêt de commercialisation de l'offre X25 d'Orange Business Services, qui portait l'infrastructure Télétel utilisée par le Minitel. Sciences et Avenir parlait ce jour-là d'un réseau « définitivement fermé ».
Peut-on dire que la France a inventé le tchat ?
C'est une formule de presse, pas un constat de laboratoire. Les sources permettent d'affirmer que la France a connu, dès 1981-1982, un salon de conversation en direct utilisé par un large public sous pseudonyme. Cela ne veut pas dire que d'autres systèmes n'existaient pas ailleurs.